Bivouac , chamois et pleine lune

24 Janvier, c’est ma date de naissance, au vue de la situation  pas de fête mais j’allais m’offrir un beau cadeau d’anniversaire.

Une belle escapade au départ de la “cabane ” ,mon chez moi, depuis mars 2020. Ce sera pour moi une bonne opportunité de me déconnecter de ces chaines d’informations et autres médias.    Un coup d’oeil pour être sur d’avoir la pleine lune. Un coup d’oeil également sur les sites météo via yr.no et arso.si. Pas de doute mardi 27 janvier et  mercredi 28 semblent être les bonnes dates. Niveau température, c’est pas les grandes chaleurs, annoncé – 8 à -15 ° mais peu de vent. Je sais également que des chamois vivent dans le secteur et l’idée de pouvoir faire quelques photos me réjouissait .

Le terrain, je le connais l’été puisque  c’est mon terrain de jeu, niveau risque d’avalanche ,c’est pas le top en ce moment , il faudra rester prudent et ne pas s’exposer sur les fortes pentes.

Chalet en Slovénie

Le terrain de jeux :  les alpes Karavanke 

Les Karavanke qui  sont une chaine de montagne calcaire  de Slovénie de 120 kilomètres de long, orientée Est-Ouest. C’est un massif des prèalpes orientales méridionales et c’est également la frontière avec l’Autriche. Cette chaine de montagne culmine à 2236 m avec le sommet Stol. Pour ma part, j’irai dans le secteur entre les sommets de Veliki-vrh et Kosuta. L’avantage est d’être à la limite entre l’étage alpin et la zone de combat où la végétation est moindre.

 

 

 

L’équipement : 

Ayant une connaissance du terrain et sachant ce que je vais y trouvé , pas besoin de matos vraiment spécifique. Hors mis un bon matelas gonflable , l’air étant un bon isolant. Ensuite, un  bon  duvet (YETI VIB 600 de 870 cuin) ,  une tente 4 saisons (Vaude hogan Ultralight ) , pas besoin de prendre les sardines ou d’investir dans des sardines à neige , des branches suffiront. Pour le réchaud “Jet boil”, (‘le plus petit de la game) , oui il se peut que ma bouteille de gaz gèle mais sachant que je ferai un feu, je m’arrangerai pour mettre mon réchaud pas trop loin de cette source de chaleur.   Les réchauds à essence c’est bien mais l’odeur n’est pas vraiment agréable. Un simple pantalon de rando pour ma part, une bonne paire de chaussures, des “lasportiva” que je traine depuis plus de 15 ans. Une paire de guêtres mais, attention, pas n’importe lesquelles, une paire que j’ai acheté en Bosnie dans le village de Lukomir à une vieille dame. Elles sont  tricotées “maison”  et en laine épaisse, super chaudes et qui sèchent super vite. Un T-shirt technique, deux vestes polaires dont l’incomparable “R1” de chez patagonia. Au fond du sac, une bonne doudoune en “800 cim”, une pelle à neige et une sonde ( Ortovox).

Des bâtons télescopiques avec des rondelles que tu puisses dévisser pour les  planter  dans la neige pour tendre la tente. Une sonde à neige pour mesurer l’épaisseur de neige pour savoir où creuser pour le feu . Un collant pour la nuit en laine, ainsi qu’un sous-vêtement longue manches et une seconde paire de chaussettes et une bonne veste “gore-tex”. Une paire de gants, un bandeau  et un bonnet.  Nourriture : des pâtes asiatiques, c’est top, cuisson rapide !. 5 sachets de thé, un sac de graines, une miche de pain du fromage et une flasque de schnaps. J’évite les barres de chocolat et de céréales car elles seront “béton”. Une thermos et “rouler jeunesse!”.

 

 

Là où c’est dur  de faire un choix,  c’est pour le matos photo.

Je pars toujours avec deux boitiers, mon premier “canon EOS 600 D” avec un objectif 24-70 mm et un “Canon EOS 6D” avec un 70-300 mm. un “trépied manfrotto ( 190XPROB)” avec rotule à boule, lourd mais ça fera l’affaire. Par contre, le soucis c’est la stabilité, les pieds vont s’enfoncer dans la neige.  Enfin, pour faire un peu de film une” go pro” et un casque pour la fixer. Et pour ne plus passer des heures à  démarrer un feu avec des lichens et des branches de sapin qui vont m’enfumer, je pars avec un morceau de planche . 5 à 6 morceaux de bois bien sec et un morceau d’allume feu. Un vieux morceau de tapis de sol pour poser ses fesses autour du feu, une scie pliable. Ensuite,  mettre le tout dans un sac à dos “Deuter 70 litres”

 

Le Parcours

L’idée étant d’aller faire de la photo dans un endroit ou je ne trouverai, personne enfin presque… Je quitte donc la cabane tranquillement  vers 10h00, après avoir pris au petit déjeuner, un plat de pâte. Le soleil va être de la partie et c’est une bonne chose. Je chausse mes raquettes des “bonnes veilles TSL 225 rando”. Je suis à 900 mètres d’altitude, la neige est bien dure car,   quelques jours  de pluie ont modifié le manteau  neigeux. Le départ n’est pas des plus agréable, beaucoup de bruit.   Mais, trente  minutes plus tard, je retrouve un peu de neige fraiche.  Ensuite, rien de bien nouveau. Je ne vais pas innover  et faire du ors piste droit dans le pentu pour trouver un arbre  à pic où  suivre une piste …

Dans les Karavanke l’hiver

… Je reste sur ce large chemin qui zig-zag tranquillement  et qui me conduira à 1200 m au pied de la forêt d’épicéas situe sous le refuge de Kofce. Au loin, je commence à apercevoir  l’arête des Karavanke et ses pentes raides plâtrées de neige, je pose le sac, sort le trépied et fait quelques photos et un petit film où, une fois de retour à la maison, je découvrirai  que j’ai filmé en partie une avalanche…  Sur un chemin qui n’est pas sur les cartes et souvent empreinté par  des locaux à pied ou en ski, grande suprise, vers le 30 décembre, une dameuse est passée par là !! Mais, qui peut se permettre ?  Et qui a une dameuse ? Un fermier du coin, fan de luge en bois… une culture dans le pays. Je continue ma progression et j’arrive sous le refuge de Kocfe.

le refuge de Kofce

De là, s’en suit, un passage plus à l’ombre dans une épaisse péssière d’une cinquantaine  d’années. Enfin, je rejoins  le refuge de Kofce à 1600 m et je quitte la zone de combat, un skieur descend et me salue au loin. De nombreuses traces de skieurs, snowboardeurs et piétons,  mais pas un  “chat à la ronde”…

Je pose mon  appareil photo, fait quelques plans, également  une pause avec un thé et j’observe aux jumelles ces pentes bien raides, où les épicéas on tout de même réussi à s’accrocher, le contraste blanc bleu est simplement  magnifique. Au retour et en agrandissant les photos, j’aperçois  quelques  chamois. Ce sont, vraiment, des funambules, passants d’un goulet à l’autre pour aller chercher un peu de nourriture et se réchauffer au soleil.

Je continue à progresser, tranquillement, tendant l’oreille pour écouter l’environnement, je suis un large chemin où le vent a par endroit balayé la neige , du coup, c’est plus glacé et moins drôle dans les devers !  Puis, il y a des passages avec cette neige croutée qui, un pas sur deux, retient ton poids, mais quand c’est pas le cas, l’effort est plus intense.Avec l’expérience et la lecture du terrain, tu sais où elle va être croutée, collante ou poudreuse… Le décors change, je suis plus haut, il y a plus de neige et aucune trace humaine, hors mis un autre refuge (ouvert uniquement l’été)  et  des cabanes d’alpages pour l’été.

Seul des empreintes de lièvres, renards et biches prouvent que la faunes et bien présente. Pas d’air de nourrissage, ni de pierre à sel . Le soleil commence à se coucher permettant ainsi de beaux jeux de lumière tandis que dans la vallée le brouillard  s’épaissit. Une dernière bosse et j’arrive enfin à mon site de bivouac. Au pied d’un double épicéa sec, la lune est déjà là et j’ai encore 30 minutes pour mettre en place le bivouac. Peu de vent, je décide donc de poser ma tente devant cet arbre, pour les photos, ce sera mieux mais, si le vent se lève, ce ne sera pas sympa. En cas de vent plus soutenu, il y a aura toujours la possibilité de s’abriter sous un autre épicéa dont  les branches touchent le sol et protègent du vent. Je me déleste de mon sac à dos quand, je perçois un son au loin de tronçonneuse … mmm ça se rapproche et merde !! ce n’est pas une tronçonneuse mais un scooter des neigse !! P….. !! Mais je rêve, moi qui pensais être  seul au monde dans un décors de rêve,  voilà pas qu’une personne   vient briser le silence, il m’a vu et se dirige vers moi. Il stop à ma hauteur et coupe le moteur.

Lui : Dobrdan

Moi : hello, in English please

lui : where do you do start et what are you doing ?

Moi : Well i started from Podljubel and i will camp here and you ?

Lui : Houa great, me too, i am also  from podljubel, . I am riding to enjoy the winter but the snow is a bit hard.

Moi : Ok yes, je pensais en moi-même que la neige n’était pas encore assez dur …

Lui : All right have fun and stay warm

Puis, il a redémarré son engin pour aller se poser 15 minutes sur le sommet pour admirer le paysage et prendre quelques photos du coucher de soleil avant de repartir. Je pensais que les Karavanke était une zone Natura 2000 et qu’il y avait certaines restrictions… Je me rassurais en me disant qu’il n ‘avait pas labouré  le paysage,  en effectuant des boucles  à ne pas en  finir… Il était venu aussi apprécier ce cadre, idyllique, à sa manière …

 

Le Bivouac et la pleine lune 

Je déplie ma  sonde et je mesure 1,20 m au pied de l’arbre, impeccable, je commence à creuser, l’objectif étant,  d’atteindre le sol si je ne tombe pas sur un couche de glace. Pas de soucis, 15 cm de poudreuse puis une couche de 3 cm plus dure et  enfin une neige plus humide. Je taille des marches d’un côté pour pouvoir descendre dans le trou, ensuite , je prépare l’endroit où mettre la tente, j’aplanis le sol et pose ma tente. L’arbre  et ses branches mortes, me permettront de remplacer les sardines pour tendre les ficelles de la  tente. En orientant l’ouverture est à l’Est pour profiter du soleil demain matin. Je gonfle mon matelas, déplie mon sac de couchage et pose le tout, dans  la tente. Je me retourne  et, les couleurs ainsi que l’ambiance sont magiques !, des tons froids, c’est le crépuscule, et cette lumière diffuse  les derniers rayons du soleil qui  ne vont  pas tarder  à disparaître derrière les Alpes Julienne et l’emblématique  Triglav .  

Je sors mon petit  bois,  , descend dans le trou et démarre  mon feu. Muni de ma scie, je coupe quelques branches mortes de l’arbre et me constitue une petite réserve que je mets également dans le trou. Le feu prend rapidement . Je sors mon objectif grand angle et, mon trépied et, je commence une série de photos tout en laissant la lumière de ma frontale allumée à l’intérieur de la tente pour la mettre en valeur. La lune est déjà bien haute, les flammes ne dépassent pas les 20 cm mais avec le temps  de pause, je devrais parvenir à faire quelques  photos sympas. Les étoiles sont également de la partie et je me régale.

21H30 allez hop ! au lit ! Je rentre dans la tente, me déshabille , enfile mon collant , des chaussettes sèches et ma doudoune. Ensuite  je pense à mettre les batteries des appareils photo dans le duvet ainsi que la frontale. Pas de loups dans la région, ni d’ours donc pas de crainte à avoir. Après un début de  nuit difficile, pas tant  à cause du froid mais du fait que j’ai mis dans un premier temps ma tête au fond de la tente et pas à l’entrée . Du coup, beaucoup de condensation et du mal à respirer.Une heure plus tard, je décide de me retourner mais cela veut dire sortir du duvet…retourner le

matelas … de plus, c’est pas super plat, c’est un peu en pente, du coup ma tête est bien irriguée  mais moins mes pieds. Je ressens un peu le froid au niveau des coutures mais, comme j’ai mis mes polaires à l’intérieur cela me protège. Le vent souffle un peu et comme j’ai le sommeil léger, j’entend le double toit qui claque ( j’aurais due mieux la fixer !) Du coup, je me réveilles souvent… 7h30 j’ouvre la tente, le soleil se lève mais je vais attendre que le soleil vienne me réchauffer et je traine au lit jusqu’à 10h00 !.

Vue sue les montagne depuis une tente

J’ouvre la tente, je cherche mes batteries au fond du duvet et face à moi, ce majestueux arbre, qu’un pic vient régulièrement  visiter, à en croire les trous. Le soleil brille, le temps est frais et clair. Je m’habille, j’enfile, avec un peu de mal, mes chaussures gelées et je sors chauffer un peu d’eau. Je scrute les montagnes avec mes jumelles en me posant sur mon sac à dos

 

 

 

 

 

 

 

Les Chamois 

Je vois bien des traces au loin e,t deux points noirs qui se déplacent rapidement, le temps de faire la mise au point, et se sont bien deux chamois qui descendent des cimes. montagne en. Je continue d’observer et je compte rapidement une vingtaine de chamois, certains mangent des bourgeons (abroutissages)  en contre bas. D’autres sont simplement allongés au soleil.

ils m’ont repéré

Et la plupart d’entre eux, mangent de l’herbe, car les avalanches des jours précédents ont nettoyé le sol jusqu’ à la terre, permettant ainsi, aux chamois d’accéder à de la nourriture. Je m’approcherais bien plus, près mais par où ?  De plus il y a toujours un risque de coulée de neige ou d’avalanche. Je reprends mes traces de la veille sur 300m, elles sont encore visibles par endroit et je me rends compte que le goupil a utilisé mes traces pour se déplacer et pour marquer son territoire . Je quitte ma trace et je m’enfonce alors doucement  dans le forêt. Il y a un bon 20 cm de poudreuse  sous mes raquettes,  le vent n’a pas soufflé en forêt, les arbres sont recouverts de neige, par endroit, les cristaux de neige sont opaques et épais, pas un bruit , je brasse cette neige, je reste prudent pour ne pas m’approcher trop près des arbres où je pourrais glisser et me faire coincer. Quelques empreintes de lièvre et puis, surprise !  Un petit trou et des empreintes que l’on ne croise pas tous les jours…  Ce sont celles du Tétra, les crottes me le confirmeront, je me dis que je devrais peut être  me poser dans un coin et patienter. Peut être aurais-je une chance de le photographier ? !, Mais non je reste sur l’objectif chamois !  

 

 

 

 

 

Un Chamois qui monte la garde

J’espère ne  pas l’avoir dérangé et quitte cette zone  Je sors de temps en temps les jumelles et j’observe  les premier chamois,  mais c’est sans compter sur le ” gardien “, en effet, un peu à l’écart allongé dans la neige un chamois monte la garde Je fais quelques photos, pour le momen,t ils ne m’ont par encore vu, je continue à monter la pente assez raide et je zig zag en essayant de ne pas toucher les branches des arbres pour ne pas me faire repérer. Je continue doucement puis le gardien  donne  le signal, un cri strident … Ha merde !!

Ils m’ont donc repéré, mais ne prennent pas la fuite. Je redescends  en douceur en forêt et je les observe de temps en temps à travers les arbres, 5 d’entre eux se sont regroupés, cachés derrière quelques épicéas et ils semblent attendre les consignes. Je prends à nouveau quelques photos et je décide de rentrer. Je ne veux pas les déranger. Désormais je sais où ils sont et je pourrai me préparer d’avantage pour m’approcher plus près  la prochaine fois.  3h30 à pied et me voici de retour à la cabane. Le temps de rallumer la cheminé , de rebrancher l’eau pour profiter du confort avant la prochaine sortie.

 

 

 

 

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Fabien Barret