La chasse à l’ours en Slovénie : réglementation, fonctionnement et réalités de terrain
La Slovénie possède l’une des plus fortes densités d’ours bruns en Europe, avec une population estimée entre 900 et 1000 individus répartis principalement dans les vastes forêts du sud du pays, notamment dans la région du Kočevsko. Bien que l’ours brun soit officiellement une espèce protégée depuis 2004, sa gestion repose sur un système particulier qui autorise chaque année un certain nombre de prélèvements strictement encadrés par l’État.
Cadre légal et quotas de prélèvement
La chasse à l’ours en Slovénie s’inscrit dans un cadre légal précis, fondé sur un plan de gestion national. Chaque année, les autorités définissent un quota de prélèvements en fonction de plusieurs critères, notamment l’évolution de la population, les dégâts causés à l’agriculture et le niveau de conflits avec les activités humaines. Par exemple, un quota d’environ 200 ours peut être autorisé sur une saison, avec pour objectif de stabiliser voire de réduire légèrement la population lorsque celle-ci est jugée trop importante.
Les périodes de chasse sont limitées à deux fenêtres bien définies dans l’année, généralement au printemps entre le 1er mars et le 15 mai, puis à l’automne entre le 15 septembre et le 15 décembre. En dehors de ces périodes, toute chasse est interdite. L’activité se déroule principalement au crépuscule ou de nuit, moment où l’ours est le plus actif.
Information : Chasseurs étrangers
Pour un chasseur étranger, l’accès à cette chasse est fortement encadré. Il est nécessaire de disposer d’une licence de chasse temporaire slovène, d’une assurance spécifique et d’autorisations pour le transport d’armes. Dans la pratique, ces démarches sont prises en charge par des organisations locales ou des sociétés de chasse, car il est obligatoire d’être accompagné sur le terrain par un chasseur slovène agréé. Cet accompagnement est systématique et garantit à la fois la sécurité et le respect des règles de sélection des animaux.
La chasse elle-même se pratique presque exclusivement à l’affût. Le chasseur est installé dans un mirador, souvent à proximité d’un site d’agrainage où les ours ont l’habitude de venir se nourrir. Le rôle du guide est essentiel, car c’est lui qui identifie l’animal et décide s’il peut être tiré en fonction des critères fixés par le plan de gestion. Les femelles accompagnées de petits et les jeunes individus sont en principe exclus du tir. Contrairement à d’autres types de chasse, l’utilisation de chiens n’intervient qu’en cas de recherche d’un animal blessé.
Les coûts et réalités économiques
Le coût d’une chasse à l’ours en Slovénie est élevé et repose sur deux éléments principaux. D’une part, un forfait de séjour incluant l’organisation, l’accompagnement et l’hébergement, qui peut varier entre 1 500 et 4 500 euros. D’autre part, un prix de trophée qui dépend du poids et de la qualité de l’animal, pouvant aller de 2 500 euros pour un petit individu à plus de 8 000 euros pour un grand trophée. Au total, un séjour complet dépasse fréquemment les 5 000 à 10 000 euros.
| Type de dépense | Estimation tarifaire |
|---|---|
| Forfait de séjour (organisation, hébergement) | 1 500 € — 4 500 € |
| Prix du trophée (selon la taille/poids) | 2 500 € — 8 000 €+ |
| Budget total estimé du séjour | 5 000 € — 10 000 €+ |
Après l’abattage, l’ours fait l’objet d’un contrôle strict. Les responsables du territoire de chasse procèdent à des mesures officielles du trophée et à des prélèvements biologiques. La viande est soumise à un contrôle vétérinaire obligatoire, notamment pour détecter des parasites comme la trichine, avant d’être consommée ou vendue localement. La peau, la tête et le crâne peuvent être conservés par le chasseur, mais leur exportation est soumise à des réglementations spécifiques, notamment des certificats CITES et des documents sanitaires.
Le système slovène repose sur une logique de gestion active de la population. Le quota annuel est défini par le gouvernement en collaboration avec des scientifiques, le service forestier et les acteurs de la chasse. Il est ensuite réparti entre les différentes régions de chasse, chacune recevant un nombre précis d’animaux à prélever. Cette organisation vise à maintenir un équilibre entre la conservation de l’espèce et les activités humaines.
Critiques et questions écologiques
Cependant, ce modèle fait l’objet de nombreuses critiques. Certaines organisations de protection de la nature estiment que les quotas sont trop élevés et que la chasse s’apparente parfois davantage à une activité économique qu’à une véritable mesure de régulation. La Slovénie est en effet devenue une destination reconnue pour la chasse au trophée, attirant des chasseurs internationaux.
Un autre point de débat concerne l’agrainage des ours, c’est-à-dire l’apport volontaire de nourriture pour les attirer. Cette pratique, utilisée à la fois pour l’observation et la chasse, aurait contribué à augmenter la densité d’ours dans certaines zones. Elle pose aujourd’hui des questions sur son rôle dans la modification du comportement des animaux et dans l’augmentation des interactions avec l’homme.
Malgré les prélèvements annuels, la population d’ours reste globalement stable, grâce à une reproduction dynamique et aux échanges avec les populations voisines, notamment en Croatie. La Slovénie fait ainsi partie d’un vaste ensemble écologique appelé le noyau dinarique, qui constitue l’un des principaux bastions de l’ours brun en Europe.
Dans ce contexte, la chasse à l’ours en Slovénie illustre un équilibre complexe entre conservation, gestion des territoires ruraux et intérêts économiques. Elle coexiste aujourd’hui avec d’autres activités comme l’observation de l’ours, souvent sur les mêmes zones, ce qui en fait un sujet particulièrement sensible et stratégique pour les acteurs du tourisme nature.
